
BearbeiterInnen des Kooperationsprojektes „Erinnerte Gemeinschaften“, 2011: Thomas Kubetzky, Katja Seybold, Janine Doerry (v.l.n.r.). Foto Heike Rudolph. SnG
Mémoire en groupe – groupes en mémoire : Regroupements coercitifs et fortuits au camp de concentration et au Displaced Persons camp de Bergen-Belsen
Projet de coopération du Département d’Histoire de la Leibniz Universität Hannover et de la Stiftung niedersächsische Gedenkstätten soutenu par le Ministère des Sciences et de la Culture de Basse-Saxe
Le camp de concentration de Bergen-Belsen (1943-1945)
Fondé en 1943, le camp de concentration de Bergen-Belsen eut un statut particulier dans le système des camps national-socialistes. Bergen-Belsen ne fut pas conçu comme camp d’extermination ou camp de travail, mais servit tout d’abord comme un « camp de l’échange » dans lequel étaient détenus des Juifs susceptibles d’être échangés contre des ressortissants allemands internés à l’étranger ou contre de l’argent. C’est pourquoi les conditions générales au « camp de l’échange » furent comparativement bon.
Mais dès le printemps 1944, le camp de concentration fut transformé par des extensions successives de ses fonctions : À partir de fin mars 1944, des convois de déportés malades et affaiblis arrivèrent à Bergen-Belsen. Les déportés furent parqués dans le « camp des hommes ». À la fin de l’été 1944, des milliers de femmes polonaises et hongroises furent amenées à Bergen-Belsen. Le « camp des femmes » fut aménagé afin de les loger avant leur transfert dans des camps de travail forcé. Dans la phase finale de la guerre, Bergen-Belsen devient un camp de rassemblement : Dès la fin de l’année 1944 et jusqu’à la libération du camp, des milliers de déportés arrivèrent à Bergen-Belsen dans des convois d’évacuation d’autres camps de concentration. Les derniers mois avant la libération furent marqués par le surpeuplement irrémédiable du camp. Bergen-Belsen ne fut pas dimensionné pour recueillir autant de détenus. Les conditions hygiéniques et le manque d’approvisionnement furent catastrophiques. Les maladies épidémiques et la faim conduisirent à l’hécatombe ; le camp devient un camp de la mort.
L’extension des fonctions du camp, l’afflux de déportés ainsi que l’hécatombe pendant la « phase finale » nous empêchent de partir du principe qu’il exista une « société de déportés » à Bergen-Belsen.
Dans ces circonstances, le « camp de l’échange » fut évacué peu de temps avant la libération du camp de concentration. Les environs 6700 détenus du « camp de l’échange » furent envoyés en destination du ghetto de Theresienstadt dans trois convois d’évacuation, pendant que d’autres convois d’évacuation et des marches de la mort d’autres camps ne cessèrent d’arriver à Bergen-Belsen. Le 15 avril 1945, plus de 50 000 détenus furent libérés à Bergen-Belsen par l’armée brittanique.
Selon les options possibles, les déportés survivants furent rapidement rapatriés dans leur pays d’origine. Nombre de détenus d’origine juive libérés à Bergen-Belsen ainsi que des déportés polonais non-juifs restèrent pourtant plus longtemps dans le Displaced Persons camp de Bergen-Belsen.
Plus de 50 000 êtres humains sont morts au camp de concentration de Bergen-Belsen, dont 14 000 dans les jours suivants à la libération.
Le projet "Mémoire en groupe – groupes en mémoire"
Le projet "Mémoire en groupe – groupes en mémoire : Regroupements coercitifs et fortuits au camp de concentration et au Displaced Persons camp de Bergen-Belsen" traite de deux thématiques essentielles. D’une part, le projet porte son regard sur l’importance de la constitution de regroupements – coercitifs et fortuits – pour la survie des détenus, d’autre part sur le devenir et les chemins de différents groupes de détenus après la libération et dans l’après-guerre. En partant du principe que différents groupes de persécutés se constituèrent sous forme de regroupements coercitifs et fortuits, l’analyse mettra l’accent sur les caractéristiques biographiques et sociales des détenus. Ainsi, le projet focalisera la réciprocité des caractéristiques pre-concentrationnaires et des regroupements coercitifs et fortuits dans le camp et après le camp.
Le projet est composé de trois études :
- Première recherche : "Des familles de prisonniers de guerre juifs de France dans la Shoah. Captivité de guerre, déportation à Bergen-Belsen et mémoire en France." (Chercheuse responsable: Janine Doerry M.A.)
- Deuxième recherche: "Convois d’évacuation de Bergen-Belsen au mois d’avril 1945 : regroupements coercitifs et leur impact sur la vie des anciens détenus après la libération." (Chercheur responsable: Dr. des. Thomas Kubetzky)
- Troisième recherche : "Regroupements, évolution démographique et différenciations sociales au Displaced Persons Camp polonais et juif de Bergen-Belsen 1945-1949." (Chercheuse responsable: Katja Seybold M.A.)
Première recherche
Des familles de prisonniers de guerre juifs de France dans et après la Shoah. Captivité de guerre, déportation à Bergen-Belsen et mémoire en France
Cercheuse responsable: Janine Doerry M.A.
Version abrégée
Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 10 000 et 15 000 soldats juifs originaires de France ont vécu l'expérience de la captivité dans les camps des Forces armées allemandes. Ces prisonniers de guerre de France furent exposés aux discriminations antisémites, mais, à quelques exceptions près, traités conformément à la Convention de Genève de 1929 sur les prisonniers de guerre. Paradoxalement, le séjour dans les camps d’hommes de troupe et de sous-officiers (Stalags) et les camps d’officiers (Oflags) a protégé ces prisonniers de guerre juifs de la persécution en France.
Le statut de « prisonnier de guerre » de ces hommes a également permis des tentatives de protection de leur famille restée en France contre les mesures antisémites. Le nombre des parents de prisonniers de guerre déportés dans les camps d’extermination, malgré ces tentatives, nous reste inconnu. Toutefois, plusieurs centaines de femmes et d’enfants juifs de prisonniers de guerre sont restés dans le camp de transit de Drancy et ses annexes en France. Au mois de mai et de juillet 1944, 245 femmes et enfants ont été déportés au « camp de l’échange » de Bergen-Belsen afin de servir d’otages.
Le travail traite d’une part des tentatives de protéger les familles juives de prisonniers de guerre et des contradictions politiques sous-jacentes, d’autre part il focalise son attention sur les personnes concernées. L’étude met l’accent non seulement sur la persécution en France, la déportation à Bergen-Belsen, l’expérience de la dernière phase du « camp de l’échange » et de son évacuation, mais aussi sur la période de la libération et du rapatriement ainsi que sur l’évolution de la mémoire dès l’après-guerre jusqu’à aujourd'hui. Les regroupements constitués dans le camp et après le camp feront l’objet d’une analyse dans une approche microhistorique. En effet, les facteurs nationaux, sociaux, politiques, religieux ainsi que biographiques, notamment l’immigration de nombreuses familles, ont un effet sur les regroupements constitués dans le camp. Dans la mesure de la disponibilité de sources, non seulement les femmes et enfants déportés à Bergen-Belsen, mais aussi les pères et époux en captivité de guerre feront l’objet de l’étude.
Version prolongée (PDF)
